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SANTE DE LA REPRODUCTION: Où en sommes-nous avec le Consensus du Caire et les OMD N°3, 4 et 5?

Posté par: Usman TUREY| Samedi 14 février, 2015 16:02  | Consulté 1769 fois  |  0 Réactions  |   

En Afrique, et même dans d’autres régions du Monde, la notion de santé de la reproduction reste floue. L’on a toujours tendance à l’assimiler à la planification familiale. Pour camper le décor, je juge nécessaire de procéder par une série d’élucidation conceptuelle afin de lever toute ambigüité sur ce sujet avant de l’aborder tel que prévu.

Cadre conceptuel

La planification familiale peut être comprise comme étant l’ensemble des méthodes permettant aux parents de décider du nombre et de l'espacement des naissances, et en particulier des méthodes permettant d'éviter la grossesse. Quant à la Santé de la Reproduction, il s’agit de dépasser: « l'aspect technique de la Planification Familiale en considérant les différents facteurs et motifs affectant les comportements reproductifs, tels que le rôle des hommes, les relations de pouvoir entre les sexes, le statut de la femme, le rôle des institutions sociales dans les stratégies de reproduction de même que dans les choix individuels » (LASSONDE). Ainsi, de la simple Planification Familiale et de la prise en compte de la santé de la mère et de l'enfant, la Santé de la Reproduction s'est étendue à la défense des Droits des Femmes.

Au Sénégal, la loi n° 2005-18 du 5 Août 2005 stipule que « La procréation est un droit fondamental reconnu à la personne humaine. Elle repose sur la reconnaissance du droit fondamental de tous les couples et individus de décider librement et avec discernement du nombre de leurs enfants et de l’espacement de leurs naissances. Elle implique également le droit de disposer des informations nécessaires, le droit pour tous à une meilleure santé et aux services prévus à cet effet. » En outre, « Les services de la santé de la reproduction ne se limitent pas à dispenser conseils et soins relatifs à la procréation et aux infections sexuellement transmissibles mais visent également à améliorer la qualité de la vie et les relations interpersonnelles. »

Sur la Conférence Internationale sur les Populations et le Développement (CIPD) de 1994 :

Du 5 au 13 septembre 1994, s’est tenue au Caire (Egypte) la Conférence Internationale sur les Populations et le Développement où 179 pays (dont le Sénégal) et plus de 1254 ONG, ont « réaffirmé leur engagement en faveur de l’élaboration de politiques relatives à la population et de programmes de Santé de la Reproduction ». Des recommandations pertinentes ont fait l’objet du Programme d’Action du Caire (PdA) qui exhortait à tous les pays de s’efforcer de permettre le plus tôt possible, et au plus tard en l’An 2015, l’accès, par l’intermédiaire de leur réseau, de Soins de Santé primaires aux services de santé en matière de reproduction à tous les individus. Ce programme d’action contenait plus de 200 recommandations pour cinq objectifs étalés sur 20 ans dans les secteurs de la santé, du développement et du bien-être social. Un programme très ambitieux !

L'une des caractéristiques notables du PdA recommande la fourniture de soins exhaustifs de santé de la reproduction, comprenant des services de planification familiale, de grossesses et d'accouchement sans risque, d'avortement dans les pays où ce dernier est autorisé, de prévention et de traitement des infections sexuellement transmises (y compris le VIH/sida), d'information et de conseil sur la sexualité, ainsi que l'élimination des pratiques à risque à l'encontre des femmes (notamment l'excision et les mariages forcés). Aujourd’hui, arrivé en 2015, le tableau des réalités en matière de santé de la reproduction nous inspire tristement ce questionnement suivant : Ce programme, ne fut-il pas un éléphant blanc de plus ?

21 ans après la Conférence Internationale sur les Populations et le Développement : Quel bilan ?

Le bilan sur la situation de la santé de la reproduction en corollaire avec les recommandations de la CIPD et les Objectifs N°3, 4, et 5 du Millénaire pour le Développement est un bilan particulièrement mitigé pour deux grandes raisons :

D’abord, il y’a toujours la persistance de cette disparité criante entre les cas et le taux de mortalité maternelle en Afrique et ceux des pays développés. Autrement dit, le risque de mourir pendant la grossesse ou l'accouchement dans les pays en voie de développement est  de « 1 sur 46 comparativement aux pays développés où il est de 1 sur 43 00 » alors que cette disparité a été abordée dans plusieurs déclarations mondiales et résolutions. En septembre 2001, par exemple, 147 chefs d'État ont approuvé ensemble les Objectifs du Millénaire pour le Développement 4 et 5 qui s’agissaient de réduire des 2/3 le taux de mortalité infantile, et des 3/4 le taux de mortalité des mères entre 1990 et 2015.

Selon le Rapport de la Commission de l’Union Africaine publié en 2013 et portant sur la « Mortalité maternelle, néonatale et infantile », « plus de 20.000 enfants âgés de moins de 5 ans meurent par jour à l’échelle mondiale et quelques 800 femmes sont mortes tous les jours des suites de grossesses et de complications post-partum. » Selon Intrahealth International, chef de fil mondial du personnel de santé depuis plus de 30 ans, l’on constate timidement le « décès de plus de deux millions d’enfants chaque année et jusqu’à un tiers des cas de mortalité maternelle. »

Ensuite, l’on se rend compte que dans beaucoup de pays, les structures et les effectifs en mission de fourniture des services de santé en matière de Santé de Reproduction sont disproportionnels à la démographie concernée. Autrement dit, il existe une pénurie et une répartition inadéquate du personnel de santé dans les pays en développement, ce qui représente un obstacle majeur à l’extension des services aux populations. Ainsi, malgré quelques extrapolations chiffrées qui nous laissent comprendre que des efforts se fassent en termes de couverture sanitaire des populations en matière de santé de la reproduction, nous constatons dans les pays comme le Cameroun, le Tchad, le Sénégal et autres que même si cette soi-disant couverture sanitaire existait elle ne faisait l’affaire que des urbanistes et non de celle des ruralistes ! Alors que nous savons pertinemment bien que ce sont les populations des zones rurales qui ont le plus besoins de cet encadrement tant elles sont souvent analphabètes et exposées.

Conclusion

En somme, ces recommandations de la CIPD, malgré la beauté de leurs principes,  n’ont pas su pousser la majeure partie des états consentants à mettre en place des politiques appropriées au niveau de leur territoire pour favoriser une gestion efficace des questions relatives à la santé de la reproduction. Ou s’ils l’ont mis, la situation démontre nettement qu’elles ne parlent pas aux populations. Alors ce sont de politiques extérieures qui n’engagent pas les populations concernées, car n’étant pas adaptées à leur valeurs socioculturelles.

Nous pensons humblement qu’il est d’une urgence à changer de perspective. L’approche technique ou technocratique de la gestion des questions de santé de la reproduction n’a pas marché. Elle est considérée comme trop extérieure, élitiste voire discriminatoire et ne rencontre ainsi pas l’adhésion des populations. Cependant, il faut penser, pour chaque pays, un modèle adapté à ses valeurs et représentations. Il faut en faire une question sociale plutôt qu’une question technique. La société civile, les organisations et institutions sociales doivent pleinement jouer leur rôle d’encadrement et d’initiation des jeunes par rapport aux questions qui touchent le secteur de la santé de la reproduction. Cela passe par une volonté de l’Etat qui doit encourager la formation de prestataires de soins et d’agents de santé communautaires essentiellement locaux (même s’ils sont conseillés par des experts internationaux) qui comprennent les populations et qui savent communiquer avec elles.

Sinon, les bayeurs de fonds et autres organisations internationales continueront sans cesse à financer des sommes colossales d’argent aux projets nationaux en matière de santé de la reproduction pour que ces sommes ne tournent qu’en administration ou qu’elles servent à construire des infrastructures timides et budgétivores sans impact réel chez les populations concernées ! 

Le_Combat_Continue

 L'auteur  Usman TUREY
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Usman TUREY
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